Viticulture biologique : le détail des intrants autorisés et interdits en Europe

28/04/2026

Comprendre la réglementation européenne de la viticulture biologique

La viticulture biologique connaît un essor considérable en Europe, représentant plus de 15% des surfaces viticoles dans l’Union européenne en 2023 (source : Eurostat). Mais que peut réellement utiliser un viticulteur bio dans ses vignes, et qu’est-ce qui lui est interdit ? La réponse se trouve dans le règlement européen (UE) 2018/848 — entré en vigueur le 1er janvier 2022 — et ses textes d’application, qui structurent l’agriculture biologique sur tout le territoire européen.

La réglementation bio vise à répondre aux attentes des consommateurs en matière de santé, d’environnement et de transparence. Elle s’appuie sur quelques grands principes : interdiction des produits de synthèse, priorité aux substances naturelles, et prévention plutôt que traitement. Mais les listes exactes d’intrants autorisés sont longues, précises et font souvent l’objet d’adaptation selon les menaces phytosanitaires ou climatiques.

Entrons dans le détail des intrants autorisés, ceux qui sont strictement interdits, et les possibilités d’adaptation prévues par la réglementation.

Quels sont les intrants autorisés en production de raisin bio ?

Fertilisants et amendements du sol

  • Engrais organiques d’origine animale et végétale : fumiers, composts, guano, tourteaux végétaux, algues, etc.
  • Amendements minéraux naturels : chaux, roche phosphatée non traitée, sulfate de potassium (obtenu de manière naturelle), cendres végétales.
  • Interdiction d’engrais azotés de synthèse : urée synthétique, nitrate d’ammonium, ammonitrate sont proscrits.

Selon l’Agence Bio, 98% des viticulteurs bio français utilisent du compost ou du fumier pour fertiliser leurs vignes. Les produits doivent être documentés et tracés, et tous doivent figurer dans la liste positive de l’annexe II du règlement bio (source : règlement (UE) 2018/848, annexe II).

Protection phytosanitaire : quelles solutions autorisées ?

  • Cuivre : Le sulfate de cuivre et l’oxychlorure de cuivre sont autorisés, dans la limite de 4 kg de cuivre métal/ha/an en moyenne sur 7 ans, une réduction importante par rapport au plafond antérieur de 6 kg (source : Commission européenne, IP/18/6812).
  • Soufre : Utilisé contre l’oïdium, le soufre (poudrage, mouillable) reste un pilier : il est 100% d’origine naturelle, sans limite stricte d’usage mais usage raisonné recommandé.
  • Bicarbonate de potassium : Autorisé pour lutter contre le mildiou et l’oïdium.
  • Substances naturelles végétales : Extraits d’ortie, prêle, propolis, écorce de saule, etc., dans la limite de la liste européenne des substances de base.
  • Huile de paraffine (issue du pétrole, usage limité) et huiles végétales, savon mou : Acceptés pour contrôle des cochenilles et pucerons, à condition de figurer dans la liste positive.
  • Piégeage biologique, confusion sexuelle : Utilisation de phéromones pour perturber la reproduction des ravageurs.
  • Micro-organismes vivants : Bacillus thuringiensis (contre les tordeuses), Trichoderma spp. (antagonistes de certaines maladies racinaires).

Le recours aux produits phytosanitaires bio reste 5 à 10 fois plus faible que dans les itinéraires de viticulture conventionnelle (source : INRAE/Itab, 2022).

Interdictions et restrictions spécifiques en viticulture biologique

La règle cardinale du cahier des charges bio est l’exclusion de toute substance de synthèse chimique, avec quelques rares exceptions si la menace sur la récolte n’est pas maîtrisable autrement. Voici les grandes familles d’intrants interdits :

  • Pesticides de synthèse : Fongicides à base de SDHI, triazoles, strobinurines, insecticides néonicotinoïdes, pyréthrinoïdes de synthèse, tous exclus.
  • Herbicides chimiques totaux ou sélectifs : Glyphosate complètement proscrit, ainsi que tous les désherbants chimiques (sauf huiles végétales ou huiles essentielles autorisées pour traitement localisé, non systémique).
  • Hormones de croissance ou régulateurs : Interdits, de même que tout stimulateur de croissance de synthèse.
  • OGM (organismes génétiquement modifiés) : Interdiction stricte, y compris pour les semences porteuses d’OGM.

Les adjuvants, additifs et traitements post-récolte

  • Cire, paraffine, polymères de conservation : Non autorisés.
  • Produits d’enrobage post-récolte (fongicides, conservateurs) : Strictement prohibés.
  • Traitements physiques autorisés : Lavage, tri manuel, séchage, refroidissement, congélation… à condition qu’ils ne modifient pas la composition du raisin ou n’ajoutent pas de substances extérieures non listées.

Transformation et vinification : intrants autorisés et interdits dans l’élaboration des vins bio

Depuis 2012, la réglementation européenne encadre non seulement la production du raisin mais aussi sa transformation : un vin ne peut afficher le label biologique que s’il respecte la liste des additifs et auxiliaires autorisés en vinification.

Type d'intrant Autorisé en bio Utilisation/Limite
Sulfites (SO2) Oui (dose réduite) 100 mg/L max pour les rouges, 150 mg/L pour les blancs et rosés (contre 150 et 200 en conventionnel)
Levures sélectionnées non OGM Oui Levures certifiées bio si disponibles, sinon conventionnelles autorisées si absence justifiée
Ferments malolactiques Oui Obligation de préférence aux souches bio
Acide tartrique d’origine naturelle (vin/raisin) Oui Autorisé
Charbon œnologique Oui (usage restreint) Pour décoloration exceptionnelle
Acide ascorbique, DAP, sorbate, lysozyme, PVPP, enzymes OGM Non Strictement interdits

Environ 90% des vins AOP bios français utilisent au moins un correcteur d’acidité ou de tanin d’origine naturelle, selon l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin).

En revanche, les stabilisants chimiques, le sorbate de potassium, le clairan, la désalcoolisation, la pasteurisation flash ou la gélation sont proscrits, afin de garantir l’expression naturelle du vin et la limitation des interventions techniques.

La liste des substances de base : une ouverture vers de nouveaux intrants naturels

Depuis 2014, la Commission européenne a ouvert la porte aux « substances de base » : des produits naturels, souvent non composés (ex : bicarbonate, lait écrémé, huile essentielle), issus de l’alimentaire ou de l’industrie verte, qui bénéficient d’une reconnaissance officielle sur base de leur innocuité et de leur efficacité. L’objectif : élargir l’arsenal sans sacrifier la rigueur environnementale.

Plus d’une quinzaine de substances de base sont aujourd’hui autorisées ou en cours d’évaluation pour la protection du vignoble (source : EFSA). Parmi elles : le petit lait, la lécithine de soja, l’ail, le chitosane, etc. Seul bémol : la forte dépendance à un processus d’homologation long et complexe qui freine l’arrivée de solutions innovantes sur le terrain.

Vers une viticulture bio européenne plus stricte ? Perspectives et enjeux

Face à la montée en puissance du bio et à la pression des marchés export, la Commission européenne révise régulièrement ses annexes : baisse du seuil de cuivre, retrait ou admission conditionnelle d’insecticides naturels, réévaluation de substances phytosanitaires. Une grande consultation sur le « Plan d’Action Bio » vise à aligner encore davantage la réglementation sur le Pacte Vert européen, avec une ambition affichée : atteindre 25% de surfaces agricoles en bio en 2030 dans l’UE.

Côté producteurs, la montée en compétence technique, les investissements dans le machinisme, l’itinéraire cultural intégrant l’agroécologie permettent de limiter le recours aux intrants et d’inventer des solutions collectives (par exemple, pulvérisation confinée, développement de cépages résistants, couverts végétaux alternatifs).

L’essentiel à retenir pour la pratique et l’innovation

La réglementation européenne sur les intrants en viticulture biologique forme l’un des cadres les plus exigeants au monde. Ni la perfection, ni la rigueur absolue ne sont de mise, mais l’esprit de la réglementation est clairement la protection de l’environnement, la santé des consommateurs et le développement d’une viticulture innovante reposant sur la prévention, la naturalité et la responsabilité collective. La liste des intrants permis s’élargit vers le végétal et le microbien, mais le curseur de tolérance sur les substances minérales et de synthèse est de plus en plus bas.

Pour les opérateurs, il ne s’agit pas seulement de suivre la liste — régulièrement mise à jour — mais d’intégrer prévention, observation et diversité agronomique, afin d’être aussi résilient face aux crises climatiques que face aux attentes sociétales. Un défi de taille, à l’aune des ambitions européennes et des réalités du terrain.

Pour aller plus loin, consultez les annexes officielles du règlement (UE) n° 2018/848 et les listes actualisées sur les sites de l’Agence Bio, de l’ITAB et de la Commission européenne.

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