Les grandes étapes de la sélection des cépages résistants
La création d’un nouveau cépage résistant suit un protocole affichant rigueur et patience. Sur le terrain, comme au laboratoire, la recherche mobilise plusieurs outils :
1. Le croisement interspécifique
Première étape : obtenir des hybrides en croisant V. vinifera avec des espèces porteuses de gènes de résistance. On réalise plusieurs générations pour :
- Transférer les gènes Rpv/Ren dans une lignée fertile et stable.
- « Diluer » les caractères indésirables, notamment ceux altérant la qualité aromatique ou la typicité du vin.
2. Le suivi et la sélection assistée par marqueurs moléculaires
Grâce à l’analyse ADN, il est désormais possible de repérer précocement les plantules porteuses des gènes d’intérêt, sans attendre des années d’expérimentations au champ. Cela accélère considérablement le processus : certaines étapes sont réalisées en 2 à 3 ans là où il en fallait 5 à 10 auparavant.
- Les laboratoires utilisent des marqueurs SNP (Single Nucleotide Polymorphism) pour s’assurer de la présence de Rpv ou de Ren.
- On écarte rapidement les individus non porteurs, évitant des essais inutiles au vignoble.
3. L’évaluation agronomique et œnologique
Une fois la résistance confirmée, les sélectionneurs évaluent :
- Le comportement face à d’autres pathogènes (rot brun, black-rot, botrytis, etc.).
- La productivité, la vigueur, l’aptitude à la taille, et la sensibilité à la sécheresse.
- La qualité du raisin et du vin (arômes, acidité, couleur, tanins…).
Cette étape est la plus longue : il faut plusieurs années d’essais multi-sites (au minimum 15 ans entre le premier croisement et la mise sur le marché – IFV).
4. L’inscription au catalogue et les essais réglementaires
Un cépage ne peut être cultivé commercialement qu’après son inscription au Catalogue officiel, validée par des commissions nationales et européennes. Cette étape comporte :
- L’étude de la « Distinction, Homogénéité, Stabilité » (DHS).
- Les tests VATE (Valeur Agronomique, Technologique, et Œnologique).
Certains cépages résistants font également l’objet d’une homologation spécifique pour un usage dans les AOP ou IGP, ce qui implique une concertation locale et parfois d’intenses débats.